Bonjour à tous!
Comme annoncé, nous voici à Cochabamba (doux nom, n'est-ce pas?), après un départ raté de Santa Cruz et 9h de bus (probablement les plus éprouvantes que nous ayons faites jusqu'ici... malgré les chouettes paysages traversés) Un départ raté? Mais oui! Le bus que nous devions prendre étant annulé pour cause de problème mécanique, la compagnie nous a négocié deux billets auprès d'une concurrente. Le tout dans la joie, la bonne humeur (et un poil de stress quand même dès le matin...) et en espagnol. Finalement nous avons été surclassés pour passer d'un bus normal à un semi-cama (semi-couchette, et fort heureusement en y repensant!).
Cochabamba se situe sur les hauts plateaux du centre de la Bolivie. Précisément à 2553m d'altitude, ce qui nous permet de nous acclimater avant de franchir prochainement les 3000m. La ville est connue (avec Sucre, notre prochaine étape) pour son climat. Il paraît d'ailleurs que les cochabambinos ont un dicton pour cela: "las golondrinas nunca migran de Cochabamba", soit "les hirondelles ne quittent jamais Cochabamba". Et ça ce tient: aussi surprenant que cela puisse paraître à cette altitude, les journées sont chaudes sans être étouffantes et les nuits sont fraîches.
Cochabamba compte un peu plus de 500 000 habitants. Pour autant, la ville est absolument tentaculaire (logique, il n'y a pas de buildings de 30 étages ici) et s'étend dans une cuvette fertile (25km de long sur 10 de large), ce qui en fait le grenier à céréales de la Bolivie. Elle est entourée de collines et est dominée au nord-ouest par le plus haut sommet du pays: le Cerro Tunari, 5035m.
Bref, après nos 9h de bus, on n'était pas réticent à l'idée de se coucher tôt. Ce que l'on fît après un repas sympa et presque donné, une fois encore. Le lendemain, et après un passage rapide par l'office de tourisme, on flâne un peu en ville, surtout sur la place Cõlon. On constate que les micros sont encore plus sympas qu'à Santa Cruz (tarif: 1,5... non, pas €, bob, soit 16 centimes, à battre). On prend aussi encore plus conscience de la pauvreté de la majorité des boliviens...
On opte ensuite pour un petit tour au Cristo de la Concordia, qui domine la ville sur le Cerro de San Pedro, histoire de prendre un peu de hauteur. Petite anecdote: c'est le christ le plus haut du monde, il dépasse celui de Rio qui fait 33m (l'âge du christ) de 44cm. Les cochabambinos se justifient en expliquant que le christ a vécu "33 anõs y un poquito", on vous laisse traduire. Ouais, ça ressemble quand même furieusement à un concours de celui qui à la plus grande... Bref, on y monte en téléférique, ce qui nous évite de mauvaises rencontres, d'après les panneaux assez inquiétants que nous croisons (soyons honnêtes, on évite aussi 1250 marches...). On admire le paysage, c'est déroutant. On trouve que c'est un peu brumeux. On apprend plus tard d'un bolivien (Juan Pablo), que vivre à Cochabamba revient à fumer deux cigarettes par jour. Comment faisons nous pour comprendre toutes ces subtilités avec notre espagnol de débutant?!? On parle avec des boliviens qui maîtrisent le français, bien sûr! On en profite au passage pour prendre les bons conseils de Juan pour visiter le secteur.
vue de Cochabamba depuis le Cristo de la Concordia (une petite partie de la ville seulement: elle est immense)
On redescend et, après quelques kilomètres à pieds dans la ville (on se sentait quand même coupable de ne pas avoir monté les 1250 marches...), on flâne dans le mercado (marché) de la Cancha, immense. En photo: les allées consacrées aux tissages (laine, alpaga...) et aux instruments de musique. Il y a de tout, comme sur tous les marchés sud américains qu'on a visité jusqu'à présent. Pour profiter de l'ambiance, il suffit de ne rien chercher de précis, au risque de s'arracher les cheveux et de prendre le temps de manger une tranche d'ananas ou de boire un jus d'oranges pressées achetés auprès des dizaines de vendeurs ambulants.
Plus tard, un passage chez le coiffeur nous permettra d'apprendre qu'il n'y a pas de SMIC en Bolivie, mais que le salaire moyen tourne autour de 1200 bobs (environ 130€). Le coiffeur suit des cours de cuisine parallèlement à son emploi. Il envisage l'ouverture d'un restaurant de cuisine internationale quand il aura fini son cursus et pris un peu d'expérience. Il souhaite d'ailleurs faire un tour en France, mais changera d'avis après nous avoir demandé le prix d'un billet aller-retour. Il nous explique aussi que les choses changent doucement depuis l'arrivée d'Evo Morales au pouvoir et que le pouvoir d'achat a tendance à augmenter. On lui souhaite que cela continue et on lui dit qu'on serait ravi de le croiser en France.
Le lendemain (mercredi), on choisit d'explorer le secteur de Cochabamba: direction Tarata, à une trentaine de kilomètres dans la vallée. On s'y rend en taxi trufi: une sorte de taxi qui part quand il est rempli. Et bien rempli: 7/8 personnes dans une voiture: 3 à l'avant (non, non, il n'y a pas de siège au milieu et oui, oui, il y a un levier de vitesses...), 3 à l'arrière et 1 à 2 dans le coffre. Déroutant! Bref, on arrive à Tarata vers 11h, passage à la casa da cultura de la ville pour prendre des infos et demander une carte. Personne. Pas surpris, on finit par trouver quelqu'un dans le bâtiment qui nous dit qu'il faut voir Mario, qui braille à la ronde pour l'appeler et, en l'absence de réponse, nous dit de repasser 1/4h plus tard. On flâne sur la place du village, fort jolie, fleurie et arborée. 20 minutes plus tard, Mario est là, il nettoie sa moto: il nous fournit des infos sur les choses à voir à Tarata, nous conseille de monter dans la tour qui surplombe la place pour avoir une belle vue sur les environs et nous propose de visiter le musée historique de la ville. Pour la tour et le musée, il faudra repasser à 13h30. OK.
On visite donc la ville: bâtiments aux couleurs fanées, rues pavées, ambiance sympathique, un poil endormie: c'est charmant. On sort un peu de la ville pour profiter des paysages des montagnes environnantes et on revient sur la place du village un peu après 13h30. La casa da cultura est fermée... Elle ouvre finalement vers 14h15, mais pas de Mario. Un de ses collègues lui passe un coup de fil, il sera là d'ici 20 minutes. On attend donc patiemment en buvant un coup sur la place du village, toujours aussi agréable. Au moment où on s'apprête à partir, arrive Mario, grand sourire aux lèvres, très chaleureux! Au programme: visite guidée du musée, topo sur l'histoire de la ville et de la Bolivie. Sachez donc que la Bolivie fut un pays beaucoup plus grand qu'aujourd'hui. Mais l'Argentine, le Chili, le Paraguay et le Brésil ont rogné sur ses terres pour profiter des matières premières présentes en nombre: or, argent, étain, cuivre, ... Explications détaillées sur les civilisations pré-incas et postérieures qui ont habitées la région: crânes, mortiers, armes, poteries, ... et sur l'artisanat local aujourd'hui: poterie toujours, tissage, ... Puis présentation de fossiles de dinosaures découverts dans le secteur. On sort ensuite du musée, direction la tour qui surplombe la place. La vue est effectivement chouette et Mario, toujours aussi chaleureux, nous fait une démonstration (avec sonnerie de cloches à l'appui) de sa fierté: le mécanisme complexe et de fabrication allemande (Krupp, Munich) de l'horloge et du carillon de la ville. Au final, on a bien fait d'attendre, c'était franchement sympa de passer quelques heures avec un Bolivien passionné par l'histoire de son pays et de sa ville! Puis 30km de taxi trufi et retour à Cochabamba, bien fatigués.
panorama de Tarata
Le jeudi, on se décide enfin à visiter le centre de Cochabamba: on se rend sur la place du 14 septembre (de nombreuses rues et places ont des dates pour nom, pas toujours simple de savoir à quoi cela correspond, les locaux ne le savent pas toujours), où on profite de la sympatique ambiance: calme et posée. C'est la place centrale de Cochabamba, les boliviens y viennent pour faire cirer leurs chaussures, discuter, manger ou boire un jus de fruit. On continue à flâner dans la ville et on se décide pour la visite du couvent Santa Theresa: 21 nonnes (8 aujourd'hui) y vécurent, classées hiérarchiquement en "velo negro" et "velo blanco" en fonction de la fortune de leur famille, les unes servant les autres. On leur imposait un isolement total: possibilité de communiquer entre elles 2h par jour, pas de contact avec l'extérieur sauf deux fois par an où elles avaient la possibilité de rencontrer leur famille sous le chaperon de la surveillante mandatée par la mère supérieure et séparées de leurs proches par un grille en métal. Elles ne pouvaient jamais sortir de leur couvent, excepté dans leur cercueil. Ca a l'air sympa non?!? Bref, on profite surtout du patio lumineux et arboré et de la belle vue sur la ville depuis les toits.
Sachez, lecteurs, qu'en Bolivie les entrées et visites sont proposées à des tarifs différents pour les "nacionales" et les "extrangeros". Ne maîtrisant pas suffisamment l'espagnol pour nous grimer efficacement en boliviens, on paye 2 à 5 fois le prix des locaux (il faut parfois aussi payer pour faire des photos). Mais ça reste largement abordable.
Pour finir notre étape à Cochabamba, on se dirige vers le Centro Cultural Simon I Patino, du nom d'un magnat local de l'étain. Simon s'est fait construire une superbe bâtisse sur les hauteurs de la ville, mélange hétéroclite de dizaines de styles européens de toutes époques (un poil too much selon nous..., mais impressionnant). Pas de chance, il meurt avant la fin des travaux et ne vivra donc jamais dans son palace qui sert aujourd'hui de résidence d'artistes, salle de conférences, salle d'expositions etc. Les jardins sont superbes, on en profite.
Après quoi il est temps pour nous de se rendre au terminal de bus, direction Sucre, la plus belle ville de Bolivie nous dit-on.
Tous comptes faits, le trajet Santa Cruz - Cochabamba ne restera pas dans les annales comme le plus éprouvant: il vient d'être surpassé par Cochabamba - Sucre. 10h de bus de nuit sur une piste de montagne défoncée et dans un bus hors d'âge, les genoux coincés dans le fauteuil du voisin de devant. On est vanné, mais la pousada est nickel: la meilleure douche d'Amérique du Sud pour le moment (une subtile combinaison débit + chaleur, plutôt rare), un jardin sympa et la vue qui suit sur Sucre.
A bientôt!