Amis lecteurs, bonjour!
Quelques nouvelles de Valparaiso que nous avons déjà quittée, à regret, pour Santiago. Pour commencer, sachez que Valparaiso, par le truchement d'une traduction française approximative, signifie quelque-chose comme val / vallée paradis. Et franchement, l'appellation est méritée.
Quelques informations sur la ville, pour commencer. Valparaiso accueille plusieurs instances nationales chiliennes: congrès national, commandanture en chef de la marine, service des douanes et conseil national de la culture et des arts. Son centre historique a été classé au patrimoine culturel de l'humanité par l'UNESCO en 2003. Géographiquement parlant, la ville est posée au bord du Pacifique, à 115 km au nord-ouest de la capitale chilienne, Santiago. Elle est entourée par 44 collines formant un amphithéâtre naturel qui donne sur la baie de Valparaiso. El Plan (la partie basse, en bord de mer) accueille le port ainsi que la majorité des commerces tandis que les cerros (collines), desservies par 15 ascensores (funiculaires, pour la plupart en panne) sont envahis d'habitations en tôle colorée qui leur donnent une allure unique.
Un soupçon d'histoire: la baie de Valparaiso était à l'origine peuplée par les indiens Picunche (agriculteurs) ou Changos (pêcheurs) avant que Valvidia ne fonde la ville en 1544 pour offrir un port à Santiago. Peu défendue avant qu'un fort n'y soit construit (sur le cerro artilleria), la ville est attaquée à plusieurs reprises par les pirates anglais, qui lorgnent avidement sur l'or stocké au port. A partir du XVIIIème siècle, la ville s'agrandit avec l'essor du commerce maritime entre Chili et Pérou (vin, cuir, ...) puis, à l'indépendance du Chili , Valparaiso devient une escale importante pour les navires transitant entre l'Atlantique et le Pacifique via le détroit de Magellan... jusqu'à ce que la percée du canal de Panama ne mette un bémol à cette belle croissance.
Bon, tout ça pour situer l'action. On se transpose donc à Valparaiso depuis La Serena en 7h de bus (à quand la téléportation???) pour y arriver vendredi en fin de journée: apéro, popote et au lit! Le lendemain, motivés par un grand soleil, on débute notre découverte de la ville par El Plan avant de monter à l'assaut des cerros. Comment vous décrire Valparaiso? La ville, bien épaulée par une grève des éboueurs et par des chiens qui ne souffrent pas de constipation, est plutôt crasseuse. Elle est bruyante et fébrile, nous sommes samedi. Pour couronner le tout, elle ignore insolemment tout principe d'organisation ou d'urbanisme. De cela nous étions prévenus mais, hardis autant que déraisonnables, nous tenterons tout de même quelques raccourcis au cours de la journée... Tous se solderont par des échecs: Valparaiso est un défi ouvertement lancé aux cartographes les plus ambitieux. Le relief s'allie aux ruelles qui serpentent en maudissant les lignes droites, aux escaliers et aux pannes des funiculaires pour perdre le promeneur qui arpente la ville. Ajoutez à cela des scoubidous de fils électriques qui provoqueraient la syncope instantanée de tout installateur EDF qui mettrait un pied en ville.
Mais ce petit bordel est absolument charmant, Valparaiso aime la couleur! Les baraques qui s'accrochent aux cerros défient la gravité. Majoritairement en tôle et parfois délabrées, elles sont presque systématiquement peintes de couleurs vives. Qui plus est, les Porteños (les habitants, ils sont 300 000), ont un sens artistique franchement développé: fresques, mosaïques et tags recouvrent les murs, les toits, les escaliers, jusqu'aux lampadaires. Les porteños construisent comme ils peuvent puis décorent comme ils aiment. On prend vraiment plaisir à déambuler dans les ruelles, les escaliers et les recoins de cette ville qui est l'une de nos préférées jusqu'à présent. Quelques photos de Valparaiso:
Dans l'après-midi, nos pas hasardeux nous mènent au port. On s'offre donc une petite ballade en bateau au milieu des lions de mer (qui ne sentent pas meilleur en descendant au sud...), des pélicans, et des bâtiments de la marine chilienne pour découvrir la ville sous un autre angle. Les photos:
Le lendemain, on se rend à Isla Negra (qui n'est pas une île), au bord de l'océan, à une bonne heure de bus de Valparaiso. Outre les chiliens en week-end, Isla Negra accueille la maison-musée de Pablo Neruda. Quien es? Pablo Neruda (de son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto) est une des fiertés des chiliens. Né en 1904, il fut poète, écrivain, homme politique (soutenant notamment les espagnols sous Franco en créant le comité hispano-américain pour le soutien à l'Espagne), diplomate et collectionneur. Il meurt (officiellement d'un cancer) à Santiago le 23 septembre 1973 , quelques jours seulement après le coup d'état de Pinochet. On suppose cependant qu'il est mort empoisonné, présomption qui fait l'objet d'une enquête ouverte en 2011. Neruda est d'abord enterré à Santiago. Son inhumation sera, malgré l'étroite surveillance policière, la première manifestation publique contre la terreur militaire instauée par Pinochet. A la chute de la dictature, son corps est déplacé, selon ses voeux, à la maison d'Isla Negra aux côtés de celui de sa troisième femme (quand on vous dit que l'homme est collectionneur).
Bon, on visite donc sa maison de l'Isla Negra (il en avait plusieurs) qui, tout en longueur, a été construite en ajoutant successivement des pièces aux précédentes en fonction des besoins (et des délires) de Neruda. A l'intérieur, outre des infos sur la vie de l'homme, sont exposées les oeuvres offertes par ses amis artistes et certaines de ses collections: figures de proue (ça prend de la place), pipes, étriers, bouteilles, coquillages, instruments de navigation, etc. Tout cela constitue un réjouissant petit bordel, à l'image de Valparaiso. Neruda, jusqu'à sa mort, est resté un enfant qui aimait s'entourer de ses jouets.
Là-dessus, on fait un tour au bord du Pacifique, dont les vagues se déchaînent, avant de repartir pour Valparaiso. Quelques photos:
De retour en ville, on escalade une colline pour arriver au mirador Camogli, d'où l'on profite une dernière fois d'une chouette vue sur la ville pour boire l'apéro.
Le lendemain, gris et pluvieux, nous invite à quitter Valparaiso pour Santiago, à une grosse centaine de kilomètres dans les terres. Mais ça, on vous le racontera une autre fois.
Portez vous bien!