Hola lecteurs!
Nouveau changement de pays samedi dernier: nous voici en Argentine. Et bien au sud! A Ushuaia, précisément, qui revendique le titre de ville la plus australe du monde. A tort, puisque des villes encore plus au sud, il y en a. Notamment Puerto Williams, de l'autre côté du canal de Beaggle.
Allez, accrochez-vous, on vous raconte ce qu'on est venu faire "al fin del mundo" comme on dit ici, après une courte présentation de l'Argentine. La république argentine est le pays d'Amérique du Sud où la culture européenne est la plus affirmée paraît-il. Encore un grand pays, puisque son territoire s'étend sur 3 700 kilomètres du nord au sud et 1 400 d'est en ouest (soit un peu plus de 2 700 000 km², pas mal). On peut arbitrairement découper le pays en cinq régions majeures:
- les pampas, qui sont les plaines humides à l'ouest et au sud de Buenos Aires.
- Gran Chaco, au nord du pays où le climat est adapté à l'élevage du bétail et à la culture du coton.
- la Mesopotomia, entre le rio Paranà et le Rio Uruguay, où le climat est tropical.
- la Patagonie, région de steppes (semi arrides au nord, froides et arrides au sud), et notamment l'île de Terre de Feu où nous sommes actuellement.
- Cuyo, à l'ouest, le long de la Cordillère des Andes.
L'altitude oscille entre -100 et presque 7 000 mètres sur une surface gigantesque. Le climat est donc extrêmement variable.
Un soupçon d'histoire maintenant. L'Argentine est habitée, à l'origine, par de nombreux peuples "indigènes": Pampas, Matacos, Tehuelches, Onas, Diaguitas... jusqu'à la colonisation espagnole, aux XVIème et XVIIème siècles. En 1806 et 1807, deux expéditions anglaises visant à coloniser l'Argentine sont repoussées. Mais, ayant du se défendre sans le soutien de l'Espagne, les argentins (ingrats), commencent à envisager leur indépendance. En 1810, la révolution de mai les rend autonomes de fait avant que la déclaration d'indépendance du 9 juillet 1816 n'officialise la rupture avec l'Espagne.
Une indépendance rapidement obtenue,n'est-ce pas? Oui, mais c'est plus tard que les choses se corsent. Entre 1930 et 1983, seize présidents se succèdent à la tête de la république argentine. Parmi eux, onze sont des militaires. A la fin de la seconde guerre mondiale, Peròn arrive au pouvoir. L'Argentine est alors la neuvième puissance économique mondiale (et accueille de nombreux nazis en fuite...). Le peronisme est un mouvement national-populaire qui encadre fortement la population. La classe ouvrière, qui ne s'est pas tournée vers le communisme, sy 'identifie (notamment en raison de la redictribution de la richesse nationale), ce qui permet à Peròn de la contrôler étroitement. Au début des années 50, il doit toutefois faire face à l'opposition de la bourgeoisie, ce qui le fait (assez classiquement) basculer dans l'autoritarisme. En 1955, un coup d'état chasse Peròn du pouvoir et plonge l'Argentine dans une période d'instabilité économique et politique. A deux reprises, les militaires organisent des élections avant de reprendre le pouvoir quelque temps après. En 1966, le coup d'état du général Ongania met en place un pouvoir autoritaire et bureaucratique. Les étudiants, les ouvriers et les syndicats vont s'y opposer violemment jusqu'au retrait des militaires, en 1973.
Et revoici le général Peròn, après le massacre d'Ezeiza (affrontements entre la gauche et la droite péroniste). Commence alors une sale guerre: enlèvements de dissidents politiques, centres de détention clandestins, torture, etc. On estime le nombre de victimes à 30 000, dont de nombreux disparus. En 1976, un nouveau coup d'état militaire renverse la 3ème femme de Peròn. Six ans plus tard, en 1982, la junte militaire décide d'envahir les îles Malouines dans le but de relancer sa popularité. La défaite provoque la chute du régime et amène à une lente transition démocratique.
La république argentine est aujourd'hui dirigée par Cristina Kirchner qui a succédé en 2007 à... son mari, Nestor.
Voilà voilà! Nous sommes donc à Ushuaia. Comment? Nous y sommes enfin parvenus samedi, après 15 heures passées dans trois bus différents. Dans le détail, un premier bus nous a emmené de Puerto Natales à Punta Arenas. Le second nous a amené à Rio Grande. Au passage, on est resté bloqué trois heures à la frontière entre le Chili et l'Argentine en attendant qu'un ressortissant canadien, qui n'avait pas le bon tampon sur son visa, ne règle son problème. Depuis Rio Grande, un minibus nous dépose à Ushuaia, au bord du canal de Beaggle, pas très loin du célèbre Cap Horn: il fait froid, il fait nuit, il pleut. Es la isla de Tierra del Fuego, es el fin del mundo! On est fatigué, on va se coucher sans autre forme de procès.
Le lendemain, on prend la ferme résolution de ne rien faire histoire de reposer nos jambes encore fatiguées par le trek de Torres del Paine. On fait quand même un passage en ville dont voici quelques photos:
Et fatalement, comme on passe du temps à se reposer dans l'auberge de jeunesse, on finit par se faire embarquer dans une virée dont on revient tôt le matin après avoir visité quelque-uns des débits de boisson d'Ushuaia (Flora, Sebastian, si vous nous lisez, soyez maudits!). Bref, on dort un peu et on se réveille pas très frais. Mais pas question de passer la journée à glander: direction le Glaciar Martial, 800 mètres au-dessus d'Ushuaia, à dix kilomètres. Ca réveille! De là, on a une belle vue sur la ville et le canal de Beaggle, malgré le temps couvert:
Le lendemain, un bus nous dépose au Parque Nacional de Tierra del Fuego. Créé en 1960, ce parc national s'étend sur 63 000 hectares dont seuls 2 000 sont ouverts au public. Le relief est principalement montagneux mais le parc donne aussi sur le canal de Beaggle. Bref, on s'y fait une belle petite rando entre littoral, forêts, lagos et rios. Les photos:
Ne pouvant descendre plus au sud, on prévoit logiquement de remonter au nord le lendemain (mercredi). Direction El Calafate, juste à côté de la frontière chilienne, à proximité de Torres del Paine. Cette étape nous permet d'échapper aux trente heures de bus qui nous séparent de Puerto Madryn. Sur ce trajet, l'avion étant presque au même prix que le bus (et 10 fois plus rapide), on choisit cette option.
Manque de chance, notre vol est annulé: météo, grève? On ne le saura sûrement jamais. Pas de regret, il n'y a pas non plus de bus. Nous voici donc condamnés à passer une journée de plus au bout du monde pour attendre un nouveau vol (enfin, si tout va bien puisqu'on n'est pas à l'abri d'une nouvelle annulation: il neige sur Ushuaia....) Il fait moche, très moche et on n'a d'autre occupation que de découvrir les vins argentins. Ainsi soit-il...
Bref, on vous tiendra au courant du dénouement.
Gros bisous!