Salut vous tous!
Quelques nouvelles de Puerto Madryn, dans la province argentine du Chubut, au bord de l'Atlantique. Arrivés samedi, nous y sommes venus en raison de la proximité de la péninsule de Valdés, classée au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. La ville fut fondée par 150 gallois arrivés là en 1865 à bord de La Mimosa, et qui baptisèrent Puerto Madryn en hommage à Loves Jones Parry, baron de Madryn au Pays de Galles. L'économie de la ville repose aujourd'hui sur la pêche, la production d'aluminium et le tourisme.
La péninsule de Valdés est reliée au continent par l'isthme Carlos Ameghinos. Le climat, aride, permet le développement d'une flore morne qui attire toutefois quelques animaux: guanacos, renards gris, nandous, et pas mal d'oiseaux. Cela dit, les littoraux sont plus intéressants puisque différentes espèces d'animaux marins y ont établi des colonies: manchots de Magellan, éléphants de mer et lions de mer (otaries à crinière). Qui plus est, des baleines franches australes et des orques croisent dans les environs à certaines périodes de l'année.
Nous sommes arrivés très tôt samedi matin après une nuit passée dans le bus, sans encombre cette fois. Nous nous rendons à notre hôtel à pied où la charmante "gérante - sorcière" (Gladys de son petit nom) nous fait patienter avec un café le temps de nous proposer ses tours hors de prix. Nous écoutons bien sagement tout en sachant très bien que nous allons sûrement louer une voiture, option plus économique. La chambre n'est pas dispo avant midi alors on a le temps de faire nos courses et le tour des agences de location de voiture. On jettera notre dévolu sur une petite Chevrolet Corsa: un bijou de mécanique qui a surtout l'avantage d'être loué à un prix raisonnable. Reste à trouver des camarades qui ont des projets similaires aux nôtres afin de faire baisser le coût de l'opération. Au retour, on informe Gladys que l'on n'a pas l'intention de vendre nos organes pour souscrire à ses tours ce qui la rendra un poil moins chaleureuse. Plus amusés que fâchés, nous prenons ensuite la direction de la plage pour récupérer de la nuit de bus. A force, tout cela devient très fatiguant. On profite donc de la plage, chouette, de l'eau dans laquelle on s'immerge fugacement plus qu'on ne se baigne, et des autres atouts de l'endroit (l'Argentine est le 2ème pays du string, après le Brésil). Après avoir baillé tout l'après-midi, on rencontre Mathias, un compatriote normand qui, intéressé par le programme, remplira la Corsa les deux jours suivants. Il annule donc la réservation qu'il vient de faire auprès de Gladys, perdant 10% dans l'opération. La triste Gladys nous regarde d'un oeil malveillant et nous jette probablement un sort ainsi qu'aux générations qui nous suivront.
Le lendemain, on opte pour Punta Tombo, à une bonne trotte au sud de Puerto Madryn. Il se trouve qu'une grosse colonie de manchots de Magellan y a élu domicile. En allant récupérer notre bolide, nous croisons Moritz et Evrem, qui nous rejoindrons le lendemain pour le tour de la péninsule de Valdés. Pendant ce temps, Mathias essaye de convaincre Gladys de lui rendre la somme injustement prélevée pour l'annulation de sa réservation. Bref, on finit par se mettre en route et après un peu plus de 2h30 de routes et de pistes, on arrive à Punta Tombo. Les manchots sont au rendez-vous, c'est la période de l'année où les oeufs viennent d'éclore. On les observe donc et on constate avec surprise que l'animal n'a absolument pas peur de l'homme. Les manchots passent donc à moins d'un mètre de nous sans frémir, tant mieux. On remarque aussi que la bête n'est pas très à l'aise sur deux pattes, la démarche est plutôt poilante. Plus tard, on les verra évoluer dans l'eau et on constatera que dans son élément, le pingouin est imbattable: les accélérations sont fulgurantes et la vitesse atteinte est franchement bluffante. Des photos:
Lundi, on se lève tôt pour profiter au maximum de la péninsule de Valdés. Au moment de partir, Mathias, qui quitte la ville le soir même, indique à Gladys qu'il ne paiera qu'une seule des deux nuits qu'il a passées sur place. Pas question de se faire taxer de 10% pour une annulation demandée bien en avance, on le comprend. Notre charmante hôtesse, attentionnée, appelle la police qui débarque moins de cinq minutes plus tard. On est chargé de la traduction entre Gladys, furieuse, déchaînée, hystérique, les deux policiers, hilares, et Mathias qui a décidé de ne rien lâcher et exprime son désaccord dans des termes que la décence et notre niveau d'espagnol (et de normand) nous interdisent de traduire. Finalement, un arrangement est trouvé, qui nous permet de nous mettre en chemin. Gladys nous apprécie de plus en plus et on n'est pas mécontent de la regarder s'énerver toute seule. On récupère Moritz et Evrem sur la route et on arrive à Punta Cantor, où loge une colonie d'éléphants de mer.
Quelques mots sur la bête: c'est le plus grand représentant de la famille des phoques. Les mâles, dont le museau se développe en forme de trompe (proboscis, qui sert de caisse de résonnance aux rugissement de la bête lorsqu'elle affirme son autorité: fort), pèsent jusqu'à 3,7 tonnes pour 6 mètres de long: pas mal! Les femelles sont trois à quatre fois plus petites. Notez qu'il s'agit d'un plongeur hors pair, qui descend pendant vingt minutes entre 400 et 1 000 mètres de profondeur pour chasser le poisson et le calamar. Pour les amateurs de chiffres (et de plongée ou d'apnée), les records enregistrés sont de plus de 2h d'immersion et 1 998 mètres de profondeur. On profite donc de ces géants, occupés à faire la sieste ou à se battre sur la plage. Mais pas de baleine ni d'orque à l'horizon. En fait, la baleine franche australe, qui peuple les lieux, commence sa migration. On arrive en fin de saison et la plupart d'entre elles sont déjà parties... Les photos des éléphants de mer:
Après ça, on se remet en route, tassés à cinq dans notre Corsa, pour gagner Punta Norte où d'autres éléphants de mer cohabitent avec des lions de mer pour constituer un met de choix pour les orques de passage. Sur le chemin, on croise d'autres manchots de Magellan. Arrivés à Punta Norte, les éléphants et les lions de mer sont bien là, mais toujours pas de baleine ni d'orque. Le lion de mer (ou otarie à crinière) mâle pèse jusqu'à 350 kg pour 2 mètres 50 et porte fièrement une crinière qui justifie son nom. Là aussi, la femmelle fait un peu de la peine à côté du mâle. On passe pas mal de temps à les observer (ça a de la gueule), les écouter (ça rugit fort) et les sentir (ça pue). Des photos:
Là-dessus, on se remet en chemin, direction Puerto Pyramides où l'on espère encore observer quelques baleines. Rien n'y fait, la baleine est boudeuse ce jour là. Pas de chance mais ça fait partie du jeu, on ne prend pas rendez-vous avec la faune sauvage! Quelques photos tout de même, le coin est chouette:
Après ça, on rentre à Puerto Madryn conquis par notre journée, malgré la distance parcourue et l'absence des baleines et des orques.
Mardi, avant de prendre un bus de nuit pour Sierra de la Ventana, avec escale à Bahia Blanca (au nord donc), on part se promener le long du Golfo Nuevo, qui borde Puerto Madryn. Et là, surprise, on croise quelques baleines. Bon d'accord, de très loin et brièvement, mais ça fait quand même plaisir. On aurait aussi pu, moyennant une somme trop belle pour être si vite dépensée, prendre un bateau depuis Puerto Pyramides pour aller déranger les baleines de plus prêt. On ne l'a pas fait, sans regret.
Après ça, on retrouve Gladys pour récupérer nos affaires avant de sauter dans le bus. Toujours aussi sympathique, elle nous fait payer pour prendre une douche (appliquant à la lettre le règlement), sous prétexte que nous avons déjà rendu la chambre...
Prochaine étape: Sierra de la Ventana, où nous attend de la rando avant de rejoindre Gautier et Lise à Buenos Aires le 14. Bien entendu, on vous racontera ça.
A bientôt!