Holà lecteurs!
Ca y est, on remonte vers le nord. Et très franchement, nous ne sommes pas fâchés de croiser un peu de soleil. Nous sommes donc arrivés à Bariloche (San Carlos de Bariloche, dans la version longue) mercredi à 7h30, après un peu plus de 26h de bus et un début de mutinerie. Mutinerie dites-vous? Oui! En cause: le bus emprunté, pas vraiment des plus confortables. Le pressentiment que nous avions s'est ainsi confirmé au point de se transformer en axiome: route pourrie = bus pourri. Eh oui, la fameuse route 40 argentine, aussi célèbre soit elle, n'est pas goudronnée tout du long... Revenons donc sur cette rébellion. Au bout d'une heure de trajet, la climatisation du bus rend l'âme. A l'avant, où nous sommes installés, on ouvre donc une trappe dans le toit et on continue à respirer. Au fond du bus, en revanche, la trappe est bloquée, les passagers étouffent et la chaleur ne fait qu'amplifier les relents exquis des toilettes qui n'ont certainement pas vu la couleur d'un produit de nettoyage depuis la construction du bus, c'est vous dire si ça remonte...
Bref, une ressortissante allemande, excédée, se lève et fait chauffer les oreilles des deux conducteurs par ses revendications, justifiées et exprimées dans un espagnol parfait quoique familier. S'ensuit un arrêt dans la pampa pour une tentative de réparation du système de climatisation. L'occasion pour une partie des passagers du fond du bus (et de l'avant, solidaires, nous compris) de rejoindre la bélligérante dans son combat, d'en appeler pour certains à Che Guevara (si, si vraiment) et d'effrayer un peu plus les chauffeurs, qui sont au plus mal. Un ouvrier de la voirie, occupé (pour encore quelques siècles) à bitumer la route à proximité est mis à contribution, ainsi que son matériel. La climatisation n'en aura cure, mais la trappe sera ouverte, permettant de repartir.
L'allemande suscitée, probablement échaudée par ce premier succès, n'aura de cesse de râler pendant toute la suite du trajet, réclamant à cor et à cri un changement de bus. Remarquez que le voyage fut parsemé d'anecdotes révélatrives du souci constant porté par la compagnie au bien-être de ses clients. Nous eûmes ainsi le plaisir de nous voir proposer un maté. L'eau chaude était de la partie mais pas les gobelets... Nous restait donc à machouiller le sachet. Plus tard, à Perito Moreno, on nous annonça que nous pouvions attendre deux heures dans une station service ou rester à bord du bus, le temps d'un détour par Antiguos, pour récupérer d'autres passagers. Cette pause sera d'ailleurs l'occasion pour notre rebelle d'obtenir auprès de l'agence la promesse d'un changement de bus qui n'aura pas lieu, vous vous en doutez. Au moment de repartir, l'agence sera d'ailleurs fermée. Etc etc... On était donc bien content d'arriver à Bariloche après 1400 km.
Bariloche, donc: la ville, qui compte environ 100 000 habitants, se trouve dans la province argentine de Rio Negro. Le secteur est surnommé Suisse argentine en raison de ses paysages montagneux, ses lacs, ses fabriques de chocolat, ses châlets en pierre et bois et ses stations de ski. Son premier habitant, Carlos Wiederhold, était d'ailleurs d'origine suisse lorsque la ville fut fondée par décret en 1902. Au cours du XXème siècle, Bariloche a accueilli des milliers d'immigrants argentins mais aussi suisses, allemands, slovènes et chiliens. Bariloche se trouve au bord de l'immense lac Nahuel Huapi et à proximité du parc naturel du même nom. Aujourd'hui, son activité est principalement axée autour du tourisme mais on y trouve aussi un très grand centre de recherche scientifique. C'est en effet ici que sont développés les réacteurs nucléaires, les satellites et les radars aériens argentins.
On débarque donc tôt le matin et, vaseux, on gagne l'auberge de jeunesse où nous allons loger. En attendant le départ des bougres qui squattent encore les lits qui nous sont destinés, on passe par l'office de tourisme et le bureau du parc national pour prendre quelques infos. On en profite pour se promener en ville et constater qu'en effet, les helvètes ont laissé des traces. Quelques photos:
Après une douche qui n'a rien d'un caprice, on choisit de se rendre au Cerro Campanario, à une vingtaine de kilomètres de la ville, d'où l'on nous promet une belle vue sur Bariloche, les lacs et les montagnes environnants. Et effectivement, après un petit tour en bus et une montée abrupte, voici ce que l'on découvre, sous un grand ciel bleu presque surprenant:
Panorama de la vue depuis le sommet du Cerro Camparino
Le lendemain, direction le Cerro Cathedral dont on fait le tour à pied. Au programme: lacs, montagnes, forêts, vallées abruptes et, pour ne surtout pas rentrer sans être exténué: un gros kilomètre de dénivelé, quelques montées dans des nevets et la traversée d'un pierrier instable et sans fin. Manque de chance, la fin du parcours se fait au milieu des pistes de skis. L'occasion de croiser un couple d'allemands (décidément...) qui, fatigués autant que nous, négocient des places gratuites dans un téléphérique en cours de maintenance pour redescendre. On évite ainsi de slalomer entre les remontées mécaniques, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Les photos:
Panorama de la Laguna Toncek, à proximité du Refugio Frey
Vendredi, on prend le parti de se reposer gentiment, l'occasion d'écrire cet article et de préparer notre prochaine étape: Puerto Madryn, à côté de la péninsule de Valdés. On vous racontera tout ça lorsqu'on y sera. C'est à dire après une nuit de plus passée en bus. Bon augure: la route est goudronnée de bout en bout, ce qui permet d'espérer un bus plus confortable que le précédent.
Gros bisous!