Bonjour à tous !
Voici, relatée pour vous depuis Cuzco où nous sommes de nouveau, notre expédition au Machu Picchu. Il est possible d’emprunter différents chemins pour parvenir à Aguas Calientes (aussi appelé Machu Picchu Pueblo), le « village » le plus proche du site:
- Via le chemin de l’inca, un trek de trois à quatre jours dans les montagnes : on aurait apprécié mais il faut réserver et quand on s’est intéressé à la question, il n’y avait plus de place avant mi- novembre… On aime bien le Pérou mais pas au point de végéter sur place plusieurs semaines.
- En train depuis Cuzco ou Ollantaytambo : efficace, agréable et excessivement cher puisqu’il n’y a pas de ligne de bus directe (ni vraiment de route correcte) pour rallier Aguas Calientes. Inca Rail et Peru Rail, les deux principales compagnies profitent donc sans vergogne de leur position de force. Le gouvernement péruvien ne se prive pas non plus, l’entrée au Machu Picchu est plus qu’onéreuse, mais bon, difficile de visiter la Valle Sagrada en omettant ce site. Au passage, sachez qu’il faut réserver à l’avance.
- En hélicoptère : il y a un héliport à Aguas Calientes. On n’a évidemment pas retenu cette option.
Dernière solution : mixer les moyens de transport et multiplier les changements. En bref, passer du temps sur la route et économiser pas mal de soles. C’est ce qu’on a choisi pour l’aller en s’octroyant le droit de prendre le train au retour, sans regret.
Nous voilà donc partis, lundi matin. Première étape, gagner Urubamba, nœud des transports dans la vallée sacrée. Pas de difficulté : une demi heure de colectivo nous y emmène. Il existe ensuite une liaison en bus qui assure le trajet Urubamba – Santa Maria, mais les places sont chères. Ca ne manque pas, on réussit à obtenir un siège pour deux : 4 heures de bus debout, assis l’une sur l’autre ou par terre dans l’allée. Mais tout ça se fait dans une bonne ambiance, nous sommes tous logés à la même enseigne : voir les photos. De Santa Maria, un rallye extrêmement inquiétant en minibus nous conduit à Santa Theresa, un peu plus loin dans la vallée : on se rapproche. Le conducteur dérape (vraiment) à chaque virage d’une mauvaise piste qui serpente le long de précipices de plus de 100 mètres de hauteur. On se rassure comme on peut en se disant qu’en cas d’accident, il y a peu de chance de finir tétraplégique… Et on en profite pour croiser Stéphane, un bordelais qui suit le même parcours que nous. Il a la langue bien pendue, ça tombe bien, ça nous fait oublier un peu la route. De Santa Theresa, un nouveau colectivo, un peu plus calme, nous amène à hydroelectrica, gros centre péruvien de production d’électricité. Des conduites forcées font dévaler l’eau sur des centaines de mètres avant qu’elle ne rencontre les turbines. Une fois à hydroelectrica, il nous reste à marcher deux heures le long de la voie ferrée qui mène à Aguas Calientes, en franchissant des ponts et des tunnels et en évitant les trains qui passent.
Bref, on arrive à Aguas Calientes : un mix de disneyland pour touristes et de bricolages de béton. On s’attendait à ce que ce soit hideux, on n’est pas déçu. Qui plus est, on tombe pile sur le 72ème anniversaire de l’ouverture aux touristes du Machu Picchu : on ne boude pas notre plaisir… Plus malin que jamais, on décide de boire une bière en compagnie de Stéphane avant de se trouver une chambre. Le résultat est logique : galère (plus de place nulle part), négociation et on atterrit dans un hospedaje miteux, bruyant, mais on a de l’eau chaude, ce n’est pas rien. Les autres logements ne sont sûrement pas mieux, mais ça on ne le saura jamais et on le vit bien. Aguas Calientes ne nous laissera pas un souvenir impérissable. Le soir, la fête bat son plein, les ballons en plastique et les épées de Dark Vador partent comme des petits pains, on décide de se coucher tôt.
Il y ensuite deux solutions pour monter au Machu Picchu : prendre un bus ou gravir la montagne à pied. On opte pour la seconde, et comme on espère arriver relativement tôt (à défaut d’être les premiers : aucune chance), on décide de se lever à 4h30 pour commencer notre ascension (à une demi-heure de marche sur le chemin, un pont qui sert de point de contrôle des réservations n’ouvre pas avant 5h). La nuit est donc courte et, vers 4h on est réveillé par un énorme orage qui tonne dans la vallée encaissée. Très satisfaits de la météo, vous vous en doutez, nous nous mettons en chemin, et, une fois le pont franchi, commence la montée : 1731 marches, pas moins, on les a comptées, nous emmènent à l’entrée du Machu Pichu. Cette mise en jambe se fait en partie de nuit et presque tout le temps sous la pluie. On arrive à destination un peu avant 6h30, trempé, autant par la pluie que par la sueur. Avant de poursuivre et d’entrer dans le vif du sujet, quelques photos du trajet d’Ollataytambo au Machu Picchu :
Panorama sur les vallées qui entourent le Machu Picchu, après 1731 marches
Que faut-il savoir sur le Machu Picchu ? Dur à dire étant donné qu’il y a très peu de certitudes au sujet de cette cité inca perdue. Toujours est-il qu’elle demeura inconnue des conquistadors et ne fut redécouverte qu’au début du XXème siècle. Mais bien redécouverte puisqu’un quota maximum de 2500 visiteurs quotidiens est aujourd’hui fixé (il est quasiment toujours atteint). Entre temps, vers 1860, quelques aventuriers allemands y passèrent cependant, le temps de piller le site avec la bénédiction du gouvernement péruvien. C‘est finalement un gringo (comprenez un américain), Hiram Bingham, qui redécouvre le site en 1911, guidé par des quechuas. Il recherchait en fait le dernier bastion des incas, Vilcabamba, plus profondément enfoui dans la jungle. En 1911, le site est recouvert de végétation et seul un vague plan d’ensemble peut être établi. Il faudra attendre d’autres expéditions, entre 1912 et 1941 pour dégager correctement le site. Malgré tous ces travaux, seules des hypothèses peuvent être proposées sur l’origine du site : certains chercheurs pensent qu’il fut construit dans les dernières années de l’empire inca pour préserver leur culture ou tenter de rasseoir leur pouvoir ; d’autres estiment que le site était déjà déserté et oublié à l’époque de la conquête espagnole. S’il est certain qu’il s’agissait d’une ville d’importance, sa fonction reste floue. Centre politique, religieux, administratif ? Les huit chemins incas qui y mènent et son emplacement laissent toutefois supposer qu’il s’agissait d’un centre névralgique du commerce entre l’Amazonie et la Cordillère.
Bref, les ruines forment une sorte de labyrinthe organisé autour d’une série de places. Les noms des nombreux vestiges ne sont que des spéculations quant à leur usage : rocher funéraire, bains cérémoniels, temple du soleil, tombeau royal, temple du condor, place sacrée, temple aux trois fenêtres, temple principal, maison du grand prêtre, sacristie, intihuatana (poteau d’amarrage du soleil, en quechua : un observatoire astronomique), place central, bloc carcéral, …
Toujours est-il que le site est majestueux. On a un peu le sentiment de traverser le temps en le découvrant par le dessus, entouré par la brume et les nuages. L’attrait du Machu Picchu tient aussi à son environnement: il est perché sur un éperon rocheux et entouré de terrasses abruptes. De chaque côté, des à pics vertigineux qui plongent jusqu’au fond de vallées encaissées et luxuriantes, 400 mètres plus bas. Finalement, notre arrivée matinale nous permet de profiter du site (au moins au début) avant qu’il ne soit littéralement envahi par les visiteurs. Et la météo nous offre deux aspects très différents du Machu Picchu : encerclé par les nuages qui remontent des vallées au début (magnifique, vraiment, espérons que les photos en rendent compte) puis sous le soleil un peu plus tard. On se promène donc au milieu des ruines pendant quelques heures, en attrapant au passage des bribes d’explication délivrées par les guides francophones. Notez que le «pain de sucre» que vous voyez au dessus des ruines se nomme Wayna Picchu, on y reviendra. Quelques photos (beaucoup en fait, le choix a été difficile) :
Panorama de la vallée depuis le site
Vers 10h, on a déjà bien écumé le site et on se met en route pour le Wayna Picchu, montagne qui domine le Machu Picchu. Là aussi, une réservation est nécessaire, le quota de visiteurs qui peuvent grimper tout là-haut est de 400 par jour : 200 passent le portillon de contrôle entre 9 et 10h, 200 de plus entre 10 et 11h. On appartient au second groupe. En fait, s’il y a un contrôle à l’entrée puis à la sortie, c’est bien sûr pour valider les réservations. Mais ça permet aussi de vérifier qu’il n’y a pas eu d’accident dans la journée : le chemin d’accès est plus qu’escarpé par endroits, parfois dangereux puisqu’il longe des falaises. Les marches rendues glissantes par la pluie n’arrangent rien, mais rassurez-vous, on a émargé à l'aller et au retour.
Notez que Wayna Picchu peut avoir deux significations : jeune montagne ou chique de coca, selon la prononciation utilisée. On escalade donc la montagne : 1126 marches supplémentaires, comptées elles aussi. On passe par un tunnel, des échelles, etc et on arrive tout en haut. Etrangement, les incas ont eu l’idée saugrenue d’installer quelques bâtiments et des terrasses à cet endroit. Pourquoi faire simple ? De là, on profite de la vue sur le Machu Picchu et sur les vallées environnantes. Peu de temps: les nuages et la pluie reviennent en effet rapidement. On finit donc par redescendre : le chemin est vraiment difficile, on prend donc notre temps. Mais on arrive en bas entier et satisfait d’être monté (on commence aussi, soyons honnêtes à avoir mal aux jambes). Quelques photos du Wayna Picchu :
On se promène encore un peu sur le Machu Picchu et on redescend à Aguas Calientes : de nouveau des marches. Pas forcément plus reposantes en descente. On retrouve le village sans aucun plaisir on y boit un maté et on monte dans le train, direction Ollantaytambo où l’on arrive après 2h de trajet environ (plus court que l’aller). Autant vous dire que la journée nous a exténués et qu’on est content de se prendre une douche chaude et de se coucher tôt. Des photos du retour :
Voilà comment nous avons visité le Machu Picchu. Très sympa dans l’ensemble même si on aurait préféré qu’il pleuve un peu moins. On s’est reposé à Ollantaytmbo une journée, le temps de faire passer un début de bonne crève pour l’une, et on est reparti sur Cuzco d’où nous prendrons la direction d’Arequipa, plus au sud. On vous en reparlera.
A bientôt !