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Bonjour à tous!

Notre dernière étape péruvienne nous a conduit autour puis au fond du cañon de Colca (du nom de la rivière qui y coule), à quelques heures de bus au nord d'Arequipa. Sachez, pour commencer, que le canyon en question se classe au deuxième rang mondial par sa profondeur (3400 m), à peine surclassé par le canyon (mais non, pas le grand canyon américain...) de Cotahuasi, à quelques encablures de là, toujours au Pérou (3535 m de profondeur). Amis américanophiles (du nord), au risque de vous heurter, notez que le "grand" canyon des Etats-Unis émarge dans la catégorie amateur avec ses quelques 2000 m de profondeur maximale. Eh oui, les gringos possèdent, certes, les plus grosses voitures, les plus gros hamburgers et les plus grosses femmes mais certainement pas les plus gros canyons. Ne leur déplaise.

Que vous dire d'autre sur le cañon de Colca? Il s'étend sur une centaine de kilomètres et, malgré ses dimensions, il est relativement récent à l'échelle des temps géologiques: le Rio Colca a creusé son lit dans des roches volcaniques déposées il y a moins de 100 millions d'années. Etant donné sa profondeur, la différence de climat entre le haut (4350 m au maximum) et le bas du canyon est énorme. Du coup, la végétation varie d'autant: on ne trouve pas grand chose d'autre que des cactus en haut tandis qu'une végétation quasi tropicale peut se développer en bas, d'où la présence de cultures en terrasses.

Bref, à peine remis de la turista vaillamment combattue à Arequipa, nous sautons dans un bus, direction Chivay, dans la partie supérieure du canyon. A cette endroit, il s'apparente plus à une vallée qu'à autre chose. Arrivé là, on se dégote un hospedaje et on décide d'accorder la journée du lendemain à la découverte des alentours de la ville avant de descendre plus bas. Cette stratégie longuement mûrie nous permet aussi de nous ré-acclimater aux altitudes élevées (3630m à Chivay) que nous avions quittées il y a quelques temps: Arequipa est à 2335 m.

Le lendemain, on s'engage donc dans une petite randonnée en direction de Copornaque, petit village un peu plus haut dans la vallée. On sort de la ville, on profite du paysage, on marche et on se perd. Jusque là rien d'inhabituel: on demande notre chemin. Selon un protocole désormais bien réglé, on s'adresse à plusieurs personnes pour définir statistiquement le chemin le plus probablement correct. Malgré tous nos efforts, on ne trouve pas le sentier et, pour ne rien arranger, on perd un cache d'objectif d'appareil photo. On passe pas mal de temps à le rechercher pour finalement le retrouver dans un talus poussiéreux, sous quelques centimètres de la terre friable qui nous a valu une belle glissade à chacun un peu plus tôt. Dépité, on rentre bouder à l'hospedaje... bravo!

En début d'après-midi, réconciliés avec Chivay, la randonnée et le Pérou en général, nous repartons en ballade, en direction de sources thermales chaudes, à quelques kilomètres. On fait l'aller-retour en quelques heures, le paysage est chouette et nous offre un bel aperçu de ce que nous verrons le lendemain. Mais chaque chose en son temps: quelques photos de Chivay et de ses environs:

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Chivay et les alentoursChivay et les alentoursChivay et les alentours
Chivay et les alentoursChivay et les alentoursChivay et les alentours

Chivay et les alentours

Le lendemain, on se lève tôt pour attraper un bus qui nous amène, via une piste cahoteuse, à Cabanaconde, 400 m plus bas dans le canyon. On y arrive en trois heures, on trouve un hospedaje et on opte pour une petite ballade censée nous mener aux ruines incas de Kallimarca, sur une colline 500 mètres plus haut. On demande donc notre chemin aux habitants après avoir, une fois de plus, adopté un chien. On suit les indications obtenues (auprès des habitants, pas du chien) et on arrive au milieu de champs en terrasses parcourus par toutes sortes de pistes tracées par des animaux, des humains, des cours d'eau. Dans l'expectative, on s'en remet tout de même au chien qui nous conduit à bon port, non sans allonger un poil le parcours. On lui pardonne rapidement: vu l'enthousiasme avec lequel il s'est joint à nous dans le village, on imagine que les promenades en compagnie de ses maîtres sont plutôt rares... De là-haut, on a une belle vue sur Cabanaconde et les vallons environnants, ce qui compense la qualité des ruines: quelques murs de pierre tout au plus. On distingue aussi, malgré le ciel bas, la fin du plateau sur lequel repose le village, matérialisée par une nette coupure dans l'horizon. Derrière, les choses sérieuses commencent avec un à pic de plus de 1000 mètres jusqu'au Rio Colca. Ça, c'est prévu pour le lendemain, mais avant, quelques photos de la ballade de Kallimarca:

La ballade vers KallimarcaLa ballade vers KallimarcaLa ballade vers Kallimarca
La ballade vers KallimarcaLa ballade vers KallimarcaLa ballade vers Kallimarca

La ballade vers Kallimarca

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Panorama de la vue depuis Kallimarca

Pour la suite, on se programme un trek de trois jours dans les profondeurs du canyon. Départ le lendemain depuis Cabanaconde. Mais avant de se lancer, on projette un passage par Cruz del Condor, un point de vue depuis lequel, nous dit on, on peut observer des condors en arrivant tôt le matin. Rendez-vous est donc pris avec la bête. On se réveille très tôt et on esquive les (très) chers colectivos réservés aux touristes pour emprunter le bus public qui dessert Cruz del Condor. Mauvaise surprise, le cobrador (le vendeur de billets de bus) nous réclame le double du prix prévu. Ne manquant pas d'aplomb (ni de toupet, le bougre), il nous confirme sans frémir d'un sourcil que nous allons payer plus parce-que nous sommes étrangers! Marre, nous ne sommes pas des vaches à lait. On lui exprime donc vertement notre refus: le ton monte rapidement, mais on ne lâche rien. L'escarmouche se poursuit quelques minutes. En définitive, l'inconscient se fait alpaguer par une mamita, quelques rangs plus loin, qui lui en met plein les dents (tout n'est clairement pas reproductible ici, et d'ailleurs on n'a pas tout compris...). Au final, et après avoir obtenu le soutien d'une partie des péruviens du bus (le cobrador a perdu la moitié de sa petite taille dans l'intervalle), on obtient gain de cause: on a économisé 2 soles (environ 60 cents). Petite victoire pour le porte-monnaie, grande victoire pour la justice (et la fierté et l'orgueil, etc ...). Bref, on saute du bus, on remercie chaleureusement la mamita suscitée et on gagne le point de vue. Là, les touristes sont clairement plus représentés que les condors, mais l'oiseau fait quelques apparitions bien senties pour flatter son public. Que savoir de la bête, de son vrai nom vultur gryphus (on ne triche pas avec le latin)? Il s'agit d'un immense rapace charognard puisqu'il peut atteindre les 3,20 mètres d'envergure. Imaginez donc qu'entre les extrémités de ses ailes il y, a à la louche, la distance qui sépare le sol du plafond de la pièce où vous êtes confortablement installés pour nous lire. Ça cause, non? Le mâle se distingue de la femelle par une crête relativement disgracieuse qui orne le sommet de sa tête. La bête vit entre 3000 et 5000 mètres d'altitude, et installe son aire dans des rochers inaccessibles (pas fou). En liberté il peut vivre jusqu'à 50 ans et le mâle qui, particularité chez les rapaces, est plus grand que la femelle, pèse jusqu'à 15 kg.

Bon, voilà pour la description. On admire donc (de loin) le fameux condor des Andes planant sans se fatiguer entre les bords du canyon en profitant des courants ascendants. L'animal est franchement impressionnant! On observe aussi certains de nos collègues touristes se mettre à couiner au moindre battement d'ailes (croyez bien qu'il est difficile de confondre un condor et ce qui s'apparente à un gros martinet, mais nous avons pu observer que c'était possible...) Bref, on passe deux bonnes heures entre ornithologie et sociologie avant de reprendre le bus (sans manquer, bien entendu, une nouvelle tentative d'escroquerie, rapidement déjouée) pour gagner le bord du canyon et entamer notre randonnée. Quelques photos de Cruz del Condor et de ses habitants à l'année (pas fameuses les photos, l'air de rien ça bouge vite sans même un battement d'aile):

Cruz del Condor et les divers animaux qui fréquentent le lieu
Cruz del Condor et les divers animaux qui fréquentent le lieuCruz del Condor et les divers animaux qui fréquentent le lieuCruz del Condor et les divers animaux qui fréquentent le lieu
Cruz del Condor et les divers animaux qui fréquentent le lieuCruz del Condor et les divers animaux qui fréquentent le lieuCruz del Condor et les divers animaux qui fréquentent le lieu

Cruz del Condor et les divers animaux qui fréquentent le lieu

Arrivés au bord de la partie la plus raide du canyon, nous sommes en pleine forme. Le paysage est absolument hors norme, gigantesque et vertigineux. Notre projet pour cette première journée vise à descendre jusqu'au Rio Colca puis à remonter de l'autre côté jusqu'au pueblo de Tapay où nous comptons passer la nuit. On se réjouit que le temps se soit bien dégagé depuis la veille: le grand ciel bleu et le soleil nous promettent une descente sous les meilleurs hospices. 1200 mètres plus bas, nous voici donc au bord de la Colca. Entre temps, on a changé d'avis sur la météo: le soleil tape dur. Le sentier est difficile par endroit: il longe régulièrement des falaises peu rassurantes et l'angle de la pente combiné au gravillon instable impose une vigilance permanente. Bref, on franchit la rivière et on se pose un peu plus loin pour manger un bout et rafraîchir nos pieds dans l'eau bien froide. quelques photos de cette première étape:

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La descente au fond du cañon de ColcaLa descente au fond du cañon de ColcaLa descente au fond du cañon de Colca
La descente au fond du cañon de ColcaLa descente au fond du cañon de ColcaLa descente au fond du cañon de Colca
La descente au fond du cañon de ColcaLa descente au fond du cañon de ColcaLa descente au fond du cañon de Colca

La descente au fond du cañon de Colca

Panorama du cañon de Colca vu d'en haut

De là, on commence notre ascension. Sur les conseils avisés d'un campesino croisé en route, on rallonge un peu le parcours prévu pour rejoindre Tapay en passant par les ruines pré-incas de Qaqatapay. Autant vous dire que ces 950 mètres de dénivelé ne furent pas une partie de plaisir: soleil de plomb, chaleur accablante et poussière omniprésente. Eh oui, dans le cañon de Colca, il ne pleut que pendant les mois d'hiver. Lorsque nous les empruntons, les sentiers n'ont donc pas vu une goutte d'eau depuis plusieurs mois, d'où les volutes de poussière soulevées par chacun de nos (petits) pas. Au passage, vous remarquerez en comparant le volume respectif de nos sacs sur les photos qu'au Pérou, la parité n'est qu'une vaste plaisanterie. Mais nous sommes récompensés à l'arrivée par l'accueil chaleureux de la mamita qui tient l'hospedaje où nous faisons halte. Au final, Tapay accueillera pour la nuit trois touristes en plus de ses 110 habitants habituels. Plus quelques condors observés en toute intimité, cette fois. Du calme, du repos, une bière bien fraîche, une discussion intéressante sur le quotidien des habitants des environs (ravitaillement à dos de mule uniquement, agriculture de subsistance, confort minimal), un bon repas et une belle vue sur le canyon nous préparent à une très belle journée du lendemain. Quelques photos de cette montée plus que plaisante bien qu'harassante:

La montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustiqueLa montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustiqueLa montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustique
La montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustiqueLa montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustiqueLa montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustique
La montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustiqueLa montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustiqueLa montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustique

La montée du Rio Colca à Tapay, les ruines de Qaqatapay, Tapay et son hospedaje rustique

Panorama depuis les ruines de Qaqatapay

Après une nuit d'un sommeil lourd autant que réparateur, nous repartons vers le fond du canyon. Le programme de la journée: quelques gros kilomètres à flanc de vallée puis une descente qui nous amènera à Sangalle, sorte d'oasis tout au fond du cañon, au bord du Rio Colca. Ensuite, repos pour se préparer à remonter le cañon le lendemain. Le projet est de se lever à l'aube pour entamer notre ascension (1200 mètres, de nouveau) avant que le soleil ne fasse trop mal. Oui mais...

Quelques kilomètres après avoir pris congé de nos hôtes, un violent (et le mot n'est pas galvaudé, croyez nous) retour de turista frappe la moins chargée d'entre nous. L'impossibilité de faire 100 mètres sans se tordre de douleur s'allie à une bonne grosse fièvre pour sonner notre retraite anticipée du cañon de Colca. Certes, mais organiser une retraite depuis le fond d'un canyon péruvien, c'est plus compliqué que d'appeler un médecin de garde en France. Résultat, on fait halte dans le deuxième village croisé sur le chemin, Malata. Heureusement, nous y sommes très bien accueillis! Pendant que la malade se repose en attendant que les médicaments opportunément emportés fassent leur petit bonhomme de chemin dans son organisme, l'autre réveille tout le pueblo (c'est l'heure de la sieste) pour trouver un plan de repli. La solution se présente sous la forme d'un camion qui rejoint Cabanaconde trois fois par semaine. Par chance, il y a depuis peu une route qui part de Malata pour rejoindre le haut du cañon. Par malchance, le prochain camion ne partira que le lendemain.Bloqués sur place donc! Le survivant se charge donc de dégoter un hospedaje pour passer la nuit. Il paraîtrait qu'il y en a un dans le village précédent, Cosniruha. Vérification faite, le renseignement est exact: retour au pas de charge à Malata, récupération de la malade et des sacs, puis pénible marche jusqu'à Cosnirhua, il n'y a pas d'autre choix. Arrivés sur place, la mamita de l'hospedaje nous installe dans notre chambre en terre battue. On se fait chouchouter: maté de munia contre les douleurs abdominales pour l'une, bière fraîche contre la déshydratation pour l'autre. Une fois son maté avalé, la malade, conquise par le confort de la résidence, s'endort rapidement. L'autre assure le retour en camion du lendemain tout en glanant des informations sur l'agriculture locale: élevage de cuy (cochon d'Inde) pour la nourriture, ramassage et séchage des cochenilles du cactus pour la conception de teintures et de lessives, culture en terrasse de l'avocat, des céréales et des agrumes, etc...

Quelques photos de cette journée de débandade:

Le début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et CosnirhuaLe début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et CosnirhuaLe début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et Cosnirhua
Le début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et CosnirhuaLe début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et CosnirhuaLe début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et Cosnirhua
Le début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et CosnirhuaLe début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et CosnirhuaLe début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et Cosnirhua

Le début de la retraite du cañon de Colca, entre Tapay, Malata et Cosnirhua

Le lendemain, nous quittons l'hospedaje dans la matinée: nous avons rendez-vous à 10h pour sauter dans le camion qui nous ramènera à Cabanaconde. Heureusement, la malade va un peu mieux. Ça tombe bien, le fameux camion n'arrive que vers 11h30. Une courte négociation avec le chauffeur permettra d'obtenir une place dans la cabine (mais surtout pas deux, et devinez qui aura la place sachant que le chauffeur est un homme...). Le défavorisé des deux saute donc sur le plateau arrière et se cale comme il peut entre les caisses de consignes de bières, les fagots de bois et les sacs de patates des campesinos (paysans) du cañon qui le rejoindront le long du chemin. Au final: un peu plus de trois heures de discussions, de cahots, de marches arrières dans des virages aveugles à flanc de précipice, de soleil et de poussière nous ramènent à Cabanaconde: une expérience éprouvante mais inoubliable! A noter en particulier, si vous vivez ça: n'oubliez pas de vous déplacer rapidement d'un côté ou de l'autre du camion pour faire contrepoids, au risque de vous faire vertement engueuler par le chauffeur si vous êtes trop lent...

Quelques photos de la piste (en partie en construction) entre Cosnirhua et Cabanaconde:

Le retour en camion vers CabanacondeLe retour en camion vers Cabanaconde
Le retour en camion vers CabanacondeLe retour en camion vers CabanacondeLe retour en camion vers Cabanaconde

Le retour en camion vers Cabanaconde

De Cabanaconde, rien n'est fini, il nous reste à rejoindre Arequipa où nous pourrons consulter un médecin. On emprunte donc le premier bus du lendemain pour s'y rendre. Arrivés là, on se rend à la clinique conseillée par le consulat de France à Arequipa: prises de sang, analyses en tout genre... On attend donc les résultats d'une partie des examens d'Annso, prévus pour mardi.

MAUDIT PEROU!!!!!!!!!!!!

PS: mais on ne se laisse pas abattre! On vous racontera tout ça, mais notez d'ores et déjà que notre prochain voyage nous conduira immanquablement au Chili: la décision est prise: le Pérou, c'est fini...

Gros bisous!

Tag(s) : #Pérou
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