Holà que tàl!
Chers lecteurs, après notre première étape uruguayenne à Colonia del Sacramento, nous nous sommes dirigés, toujours en compagnie de ces deux piles atomiques que sont Lise et Gautier, à Montevideo. Montevideo est la capitale de ce petit état qu'est l'Uruguay et que nous vous présentions il y a peu.
Nous sommes donc arrivés en ville le 23 décembre et, une fois nos affaires déposées, nous avons constaté avec une certaine amertume que la météo ne nous serait pas plus favorable qu'auparavant. Pour vous qui nous lisez enfoncés dans vos combinaisons de ski et calfeutrés sous plusieurs couvertures d'une laine épaisse qui vous démange à chaque mouvement, l'hiver a débuté il y a quelques jours. Au programme: températures négatives, neige, verglas, soleil qui se couche à 16h et, pour certains veinards peut-être, coupures de courant en raison des tempêtes qui balayent le pays. Pour nous, qui venons de commencer l'été en Amérique du Sud, un programme singulièrement différent mais pas nécessairement enviable: températures indécentes (entre 35 et 40°C, selon les jours), coups de soleil, moustiques, sieste imposée entre midi et 17h. Bref, on transpire sans rien faire, il ne doit pas faire moins de 28°C au milieu de la nuit et on se dit que si nous étions encore en Patagonie, on se baignerait sûrement dans les lacs de fonte des glaciers. Trop tard!
Bref, revenons à Montevideo. Première bonne nouvelle, Montevideo compte parmi les trente villes les plus sûres d'Amérique du Sud et, dit-on, c'est celle qui offre la meilleure qualité de vie à ses habitants. On a l'impression d'avoir déjà entendu ça en d'autres occasions mais passons... La ville est bordée par le Rio de la Plata qui est, vous l'aurez compris, l'immense estuaire qui s'étend entre Buenos Aires et Montevideo. Elle compte plusieurs plages ensoleillées la plupart du temps (on a beau pratiquer tous les danses de la pluie imaginables, il ne pleut toujours pas), la pollution y est très faible pour une capitale et la politique culturelle est l'une des priorités de la municipalité.
Historiquement, Montevideo devint le lieu de mouillage favori des navires européens qui s'enfonçaient vers le coeur de l'Amérique. En cause, sa situation géographique intéressante, la baie de Montevideo protégeant les bateaux des terribles vents du sud créés par les fronts polaires.
Après sa création, la ville est prise, reprise, re-reprise, etc par les espagnols et les portugais (Souvenez-vous qu'au début du XVIIIème siècle, La Banda Oriental, l'actuel Uruguay, n'est pas encore un état. Les espagnols d'Argentine et les portugais du Brésil se la dispute donc.) jusqu'à ce qu'un poste de gouverneur soit créé, en 1749, par les espagnols. La ville se développe ensuite assez anarchiquement avec les moyens du bord. Le bois et la pierre étant assez rares, le cuir est utilisé pour presque tout: maisons, chaises, lits, ustensiles de cuisine, etc... Concolocorvo, un chroniqueur de l'époque, rapporte ainsi que chaque année la viande de 200 000 boeufs était délaissée au profit des insectes, et des charognards. Seul le cuir était utilisé. L'odeur de Montevideo est pestidentielle, nous dit-il et, en ajoutant aux terribles conditions sanitaires un grand nombre de contrebandiers, d'ivrognes et de scélérats de tous bords, la ville acquiert la réputation de capitale du vice.
Pourtant, la condition de Montevideo va changer radicalement: quelques colons vont développer l'élevage du bétail et installer des saladeros (installations de salaison de la viande). L'exportation de la viande et du cuir font passer la ville du statut de bourbier infâme à celui de port prospère. Montevideo est alors promue Puerto Mayor (port majeur) ce qui, en lui permettant de se doter d'une douane, la rend indépendante de Buenos Aires. En 1780, elle compte ainsi déjà 10 000 habitants... parmi lesquels 2 800 esclaves noirs. Qui a dit que la prospérité profite à tous?
En 1806 et 1807, les anglais, nous les avons déjà cités, échouent à conquérir Buenos Aires et Montevideo malgré plusieurs victoires. Montevideo reste donc espagnole jusqu'à ce que le mouvement de libération artiguiste (lié aux libertadores San Martin et O'Higgins qui délivrent alors respectivement l'Argentine et le Chili du joug espagnol) la prenne en 1814. Libération de courte durée puisqu'entre 1821 et 1825, Montevideo retombe sous la coupe des portugais qui en font la capitale de la Provincia Cisplatina (nouveau nom de la Banda Oriental ou Uruguay).
Finalement, le 18 juin 1830, la ville est libérée par les Treinta y Tres Orientales, que nous évoquions dans le précédent article, et est proclamée capitale de l'Uruguay, désormais indépendant.
Durant la Guerra Grande, la guerre civile qui oppose colorados et blancos (du nom des deux grands partis politiques), Montevideo sera de nouveau assiégée mais restera le port le plus prospère de l'estuaire de la Plata. A la fin de la guerre, elle compte 31 000 habitants dont 19 000 étrangers et continue d'attirer un nombre incroyable d'émigrants européens. La ville est alors l'une des plus avancées du continent. On y construit une université en 1849 et elle est reliée au chemin de fer dès 1869. Ainsi, entre 1852 et 1890, la population va être multipliée par six! Son accroissement continue au début du XXème siècle, notament avec les politiques d'assimilation des étrangers du président (colorado) José Battle y Ordòñez: 300 000 habitants en 1908, 650 000 en 1930. L'Uruguay devient l'un des pays les plus riches au monde, en raison (entre autres) des gigantesques exportations de viande liées aux guerres qui déchirent l'Europe.
La seconde guerre mondiale est bénéfique à l'Uruguay (notez que les guerres des uns profitent toujours aux autres, les exemples ne manquent pas) et elle n'effleure qu'à peine Montevideo en 1939, lorsque le cuirassé allemand Graf Spee est coulé dans sa rade. Vous vous demandez peut-être, comme nous, ce qu'un navire de guerre allemand faisait à cette date dans la rade de la capitale d'un pays qui s'était déclaré neutre. Si vous avez la réponse, nous sommes preneurs.
L'argent afflue donc dans les caisses de l'état jusqu'au début des années 1960. Les cours de la viande, en baisse, ainsi qu'une mauvaise gestion des dépenses précipite alors le pays dans une grave crise et c'est le début de la période militaire, qui durera jusqu'en 1984 et dont nous vous parlions précédement.
L'Uruguay, et donc Montevideo, a aujourd'hui retrouvé sa prospérité, notamment depuis son entrée dans le Mercosur. L'économie de la capitale est axée sur les services, en particulier bancaires, ce qui explique que les banques poussent comme des champignons dans la capitale. L'afflux de capitaux a donc repris, mais on les soupçonne de ne pas être toujours très propres (souvenez-vous que l'Uruguay est surnommé Suisse de l'Amérique Latine...). Une partie de cet argent proviendrait en effet des cartels, en majorité paraguayens et brésiliens, mais aussi colombiens.
Pour finir, sachez que plusieurs théories s'affrontent quant à l'origine du sympathique nom de Montevideo. Une vigie portugaise de la flotte de Solìs ou de celle de Magellan aurait crié "Monte vide eu" (j'ai vu un mont) en aperçevant le Cerro de Montevideo. Pourquoi pas? Autre proposition, Montevideo proviendrait du mont San Ovidio, lieu de naissance de Magellan qui aurait donné ce nom, progressivement déformé, en hommage à sa ville natale. Mouais... Enfin, Montevideo pourrait devoir son nom à la cartographie. En effet, le Cerro de Montevideo était le sixième relief que les marins pouvaient apercevoir sur les côtes uruguayennes, d'est en ouest. Il était donc noté Monte VI EO sur les cartes de l'époque. Pas mal!
Bref, arrivés à Montevideo, nous occupons la fin de journée par une petite ballade en ville dans les quartiers de Pocitos et de la Ciudad Vieja (vieille ville). Pour finir, vaincus par la chaleur démentielle, nous nous rafraîchissons en terrasse. Quelques photos (on en a fait assez peu...):
Le lendemain, 24 décembre, à l'heure ou vous êtes soit en cuisine, soit en train d'attendre patiemment la fin de votre journée de travail, nous commençons par une visite guidée du teatro Solìs. Ponctuellement, une compagnie de théâtre locale nous surprend par des interventions fort sympatiques. Des photos de ce chouette bâtiment:
Plus tard, nous sillonons la ville à la recherche d'un restaurant susceptible d'assurer notre repas de réveillon. Sans succès! On en profite pour découvrir que les uruguayens passent l'après-midi du 24 dans les rues à s'arroser de seaux d'eau (version locale de la bataille de boules de neige) et de medio y medio, un mélange de vin blanc et de cidre. On en fait les frais! Bref, tous les restaurants sont fermés (on les comprend) ou toutes les tables sont réservées. Par chance, l'auberge où nous logeons organise un petit repas auquel nous décidons donc de nous joindre, en l'arrosant comme il se doit. Nous savions qu'un feu d'artifice avait lieu vers minuit mais nous ne attendions pas à ce que nous avons trouvé. En fait, le feu d'artifice est assuré par les habitants qui descendent dans les rues et illuminent la ville.
La nuit est ensuite rythmée par les sirènes des ambulances qui viennent ramasser les morceaux de doigts et d'orteils des artificiers amateurs. Malheureusement, notre appareil profite d'une photo de groupe pendant la soirée pour tenter un triple salto vrillé qui se solde par un échec. Verdict: l'un des deux objectifs que nous avions emmené a rendu l'âme dans l'exercice. Les tentatives de réanimation n'y changeront rien, il est irrémédiablement perdu. Bien évidemment, il s'agit de celui qui nous sert le plus régulièrement. Conséquence: le blog sera probablement bien moins alimenté en photos pour la fin de notre voyage, désolé (ou alors avec des photos prises de loin avec l'objectif rescapé, à moins que nous ne trouvions une solution en chemin, ce qui s'avère peu probable). Des photos de notre réveillon, sans foie gras ni saumon fumé mais fort sympathique quand même:
Le lendemain, on se lève relativement tard et on part se promener un chouillat avant d'être une nouvelle fois (rapidement) térassé par la chaleur. Notez qu'à l'heure à laquelle vous essayiez de trouver un peu de place dans votre estomac pour y caser encore quelques huîtres ou un peu de saumon, les montevideanos se baignent dans le Rio de la Plata: dépaysant! Lise nous quitte dans l'après-midi pour retourner accueillir ses parents à Rio tandis que nous ressortons en fin de journée avec Gautier pour nous baigner et admirer un très joli coucher de soleil sur l'estuaire dont vous ne verrez pas de photo (cf ci-dessus). Le lendemain, nous quittons tous Montevideo: Gautier rejoint Lise et ses parents à Rio tandis que nous partons pour Aguas Dulces dont nous vous reparlerons!
En attendant, portez-vous bien et faites du sport, vous en avez sûrement besoin après tout ce que vous avez mangé et bu! Gros bisous!