Joyeux Noël (en retard)!
Et oui, c'était Noël (on en apprend des choses sur ce blog, non?) et, une fois n'est pas coutume, nous ne l'avons pas passé pas en famille cette année (quoique). De là à dire que nous sommes malheureux, il y a quand même un monde. Comment se plaindre? Nous nous trouvons à Montevideo, capitale de l'Uruguay et nous avons fêté avec Lise et Gautier. Pas mal non plus! Ajoutons à cela qu'il fait très chaud (jusqu'à 38°C, c'est trop), ce que vous devez immanquablement nous envier... Nous espérons en tout cas que vous avez fêté dignement et que cette petite pause de fin d'année vous offre l'occasion de vous ressourcer.
Montevideo, disions nous. Il s'agit déjà de notre deuxième étape en Uruguay, l'avant dernier pays de notre parcours puisqu'il nous restera encore quelques milliers de kilomètres à parcourir dans le sud du Brésil avant de reprendre l'avion depuis Rio dans... 27 jours maintenant. Le temps passe vite.
Mais avant tout, et comme à chaque passage de frontière, laissez nous vous donner quelques infos sur l'Uruguay, "un pais amigo que cabre en un abrazo" (un pays accueillant qui tient dans le creux de la main). Quelques chiffres pour commencer: la République Orientale d'Uruguay s'étend sur 175 000 km² occupés par 3,3 millions d'habitants que l'on dit calmes et mesurés. Et en effet, la différence avec l'Argentine est flagrante. Il suffit de franchir un passage piéton pour s'en apercevoir. Les 19 départements uruguayens forment une république constitutionnelle dirigée par José "Pepe" Mujica Corano qui est à la fois président et chef du gouvernement. Notez aussi qu'en 2012, le taux de chômage "culminait" à 6,3% de la population active, ça laisse rêveur... L'Uruguay est aussi, en partie grâce à son économie dynamique, le pays le plus sûr du continent.
Un (tout petit) peu d'histoire maintenant. Contrairement à la plupart de ses voisins, la présence "indigène" fut moindre en Uruguay. Avant l'arrivée des espagnols en 1515, le pays était toutefois peuplé par plusieurs populations: Charrùas, Minuanes, Chanaes et Guaranis. En 1526, Juan Dìaz de Solìs, mandaté par Fernando V d'Espagne, atteint le Rio de la Plata (appelé Paranà-Guazu (rivière aussi large qu'une mer) par les indigènes) qu'il s'empresse de déclarer possession de la couronne d'Espagne avant... de se faire tuer (avec la plupart de ses collègues) par les habitants de l'estuaire. Il faut ensuite attendre 1617 pour qu'Hernando Arias de Saavedra, premier gouverneur de la région ne s'aperçoive de la richesse des patûres uruguyennes et n'y développe l'élevage extensif (promesse de nouvelles parillas pour nous!). Le pays est ensuite le théâtre d'une lutte entre espagnols et portugais: en 1679, les portugais du Brésil fondent Colonia del Sacramento (sur laquelle nous reviendrons). Longtemps avant la fondation de Montevideo (en 1726), planifiée par les mêmes portugais mais réalisée par les espagnols pour contrer leur rival. La Banda Oriental (ainsi que les espagnols appelaient l'Uruguay) ne fut colonisée que tardivement, mais pour trois raisons: la qualité de sa prairie naturelle, la présence de Montevideo, seul port naturel du Rio de la Plata et débouché stratégique sur les empires sud-américains en développement et, enfin, sa position frontalière entre les empires espagnols et portugais. Entre 1700 et 1800, les prairies naturelles sans propriétaire et les troupeaux en liberté sont récupérés pour former des estancias attribuées par le roi d'Espagne à ses partisans. La population se divise alors entre ville et campagne: les habitants du campo (campagne), après avoir mis en place l'élevage extensif supportent mal (on les comprend) d'être expulsés au profit d'estancieros (propriétaire / gérant d'estancia) qui ont obtenu un titre de propriété grâce au soutien de la couronne espagnole.
En 1811, l'intérieur du pays, mené par José Gervasio Artigas, se soulève contre Montevideo et remporte une importante victoire à la bataille de Las Piedras. Un premier pas vers l'indépendance qui ne suffira toutefois pas car Montevideo fait appel aux portugais du Brésil et un accord de paix est signé. La déclaration d'indépendance du Brésil (en 1822) rebat les cartes: en 1825, un groupe de 33 révolutionnaires uruguayens (les fameux Treinta y Tres) organise l'inserruction, épaulé par des troupes argentines. S'ensuivent donc des confrontations entre brésiliens, argentins et, au milieu, uruguyens. L'Angleterre, qui a aussi des intérêts commerciaux dans la région, intervient en qualité de médiateur ce qui permet la signature, le 3 octobre 1828, d'un traité de paix basé sur la création d'un état tampon entre Brésil et Argentine: la République Orientale d'Uruguay. En 1830, la constitution de ce nouvel état est adoptée après avoir été ratifiée par les gouvernements argentins et brésiliens.
Jusqu'en 1876, les guerres civiles vont dominer la scène uruguyenne, opposant deux partis politiques qui existent encore aujourd'hui: le Colorado et le Blanco. Ensuite, et jusqu'en 1903, les partis perdent de l'influence au profit des généraux de l'armée, avant que Battle y Ordoñez, qui sera élu président à deux reprises, ne s'oppose au militarisme. Lors de son second mandat, il mettra en place une politique d'interventionisme de l'état grâce à des mesures sans précédent: journée de huit heures, assurance chômage, nationalisation des services publics, gratuité de l'éducation...
En 1917, une nouvelle constitution consacre la séparation de l'Eglise et de l'Etat, étend les droits civiques, abolit la peine de mort et établit la représentation proportionnelle. En 1919, et malgré un changement d'orientation du gouvernement, des lois sociales avant-gardistes continuent d'être votées, qui sont autant d'avancées exceptionnelles pour l'époque, comme par exemple la création d'une sécurité sociale dès 1919.
Après la crise économique de 1929, l'Uruguay, affaibli par la défaillance de ses partenaires économiques, Etats-Unis et Angleterre en tête, sombre dans l'autoritarisme politique. Le pays est aussi contraint de dévaluer sa monnaie, et fait face à une inflation et un chômage croissants. Le climat social se dégrade et les confrontation entre militants et police s'endurcissent. En 1933, alors que la situation économique du pays est critique, Gabriel Terra organise un coup d'état: il dissout l'Assemblée et gouverne par décret. Il fera aussi assassiner de nombreux leaders politiques et déporter ses opposants. En 1938, le pouvoir passe aux mains de Baldomir et l'opposition se fait plus pressante dans sa demande d'un retour à la démocratie. Enfin, en novembre 1942, de nouvelels élections portent au pouvoir Jozé Amézaga et une nouvelle constitution restaure la démocratie.
L'Uruguay renoue ensuite avec la prospérité économique (le pays est surnommé la Suisse de l'Amérique du Sud, c'est dire) jusqu'à ce que le général Oscar Gestido, élu en 1966 (en profitant d'une nouvelle phase de morosité économique) à la tête d'un pouvoir exécutif collégial (mais aux mains du président) n'applique les conseils du FMI, ce qui fera grimper l'inflation à 100%. Repérez les analogies avec l'histoire actuelle, puis tirez en les leçons qui s'imposent... L'Histoire se mord la queue! La crise économique, en continuant de s'amplifier, permet aux militaires d'occuper le pouvoir de manière dictatoriale jusqu'au début des années 1980. La répression touche les formations politiques, en particulier celles de gauche. Les opposants sont incarcérés et les libertés civiles sont abolies. En 1973, le Parlement est dissous suite à un coup d'état militaire et le pays est placé en état de guerre civile. Pour autant, la population ne cesse de croire à la démocratie et la contestation généralisée, les manifestations et les grèves forcent les militaires à organiser des élections en 1985. Elles sont remportées par Julio Maria Sanguinetti (parti Colorado), qui peut enfin mener le pays vers une véritable transition démocratique.
Depuis, les institutions démocratiques se sont largement renforcées. Notez que cela a été rendu possible, en partie au moins, par une loi d'amnistie des militaires adoptée par référendum en 1989.
Evidemment, il y aurai encore beaucoup à dire sur l'histoire de ce chouette pays mais passons, nous ne sommes pas là pour vous lasser. Encore un soupçon de géographie et on vous parle de notre première étape en Uruguay.
Le pays doit son nom au Rio Uruguay, qui le sépare de l'Argentine. Certes, sa surface paraît un peu faiblarde à côté de ses voisins géants que sont l'Argentine et le Brésil. Pour vous rendre compte de la taille réelle de l'Uruguay, prenez le Bénélux (Belgique + Pays-Bas + Luxembourg), rajoutez la Suisse: vous y êtes. Pas mal quand même.
L'Uruguay est un pays relativement plat: le Cerro Cathedral y culmine à un peu plus de 500 mètres. Il est riche en eaux: fleuve, lagunes, lacs, ruisseaux et il dispose d'une zone maritime de plus de 120 000km². Enfin, on le décompose en quatre grandes régions:
- l'intérieur, dont les terres sont impropres aux cultures intensives mais favorables à la pâture.
- le littoral, en général plus développé que l'intérieur, où les terres sont favorables à différentes cultures, notamment celle des agrumes. C'est aussi là qu'on trouve les grandes villes.
- le grand Montevideo, qui accueille plus de la moitié de la population uruguayenne.
- la côte, qui est la partie touristique du littoral, à l'est de Montevideo.
Le climat de l'Uruguay pour finir, est tempéré: les variations saisonnières sont relativement importantes, mais les températures extrêmes sont rares, même si on a peine à le croire en ce moment.
Voilà pour cette courte présentation de l'Uruguay. Passons maintenant à notre première étape: Colonia del Sacramento. La ville fait face à Buenos Aires, de l'autre côté du Rio de la Plata. Elle a longtemps représenté une enclave stratégique. Les portugais ne s'y sont pas trompés, en envahissant les lieux au XVIIIème siècle. Téméraires, ils créèrent donc une cité au milieu des possessions espagnoles. Les espagnols, rancuniers, réagirent rapidement et la ville changea de main plusieurs fois jusqu'à l'indépendance de l'Uruguay. Aujourd'hui, la ville et ses bâtiments coloniaux est classée au Patrimoine Mondial de l'UNESCO.
On y arrive donc samedi en début d'après-midi, après avoir traversé le fameux Rio Plata en bateau depuis Buenos Aires. Une fois sur place, on verse quelques litres de sueur pour rejoindre notre auberge et on sort visiter la ville. On comprend rapidement pourquoi l'UNESCO l'a classée: Colonia del Sacramento est une ville charmante et flâner dans les ruelles pavées qui composent son centre historique est très agréable. Des photos:
Le lendemain, on loue des vélos et on longe le littoral du Rio de la Plata. On se pose sur une plage et on végète jusqu'à la fin de l'après-midi. L'eau est chaude et comme on se trouve encore loin de l'Atlantique, elle est douce. On se baigne, on fait la sieste, on lit, etc et, malgré l'ombre de l'arbre sous lequel on s'est abrité du soleil de plomb, on prend tous de méchants coups de soleil. Quelques photos:
Après ça, bien ramollis par le soleil, nous retournons en ville pour une grosse parilla (repas de viande grillée avec quelques accompagnements: sel, poivre, vin). Encore quelques photos de la ville:
Le lendemain, lundi 23, on prend un bus qui nous emmène à Montevideo. Cette nouvelle étape fera bien entendu l'objet d'un nouvel article dès qu'une connexion internet le permettra. En attendant, on quitte Gautier, Lise et Montevideo demain matin, direction Aguas Dulces, à quelques heures de bus.
En attendant, remettez vous bien de vos festins et, pour ceux qui ont cette chance, profitez bien de la semaine qui vous sépare de nouvel an.
Gros bisous!